Des plantes de montagne de petite taille

Le froid, le vent, la neige et la sécheresse limitent le nombre d’espèces qui peuvent trouver en altitude des conditions de vie acceptables. La plupart des plantes ne résisteraient pas une seule saison, aubaine territoriale pour celles qui ont su modifier de façon adéquate leur port et leur métabolisme.

Quelques espèces tels le pissenlit, la marguerite ou le millefeuille se rencontrent du bord de mer jusqu’au sommet des montagnes. On observe toutefois que chacune se subdivise en races différentes, adaptées aux conditions climatiques des divers milieux qu’elles occupent grâce à des variations génétiques. Celles qui vivent en haute montagne se caractérisent essentiellement par une taille réduite.

En effet, le trait le plus frappant de la flore alpine est d’être composée de végétaux poussant au ras du sol. Les arbres se rabougrissent avec l’altitude et finissent par laisser place aux buissons puis aux plantes naines. Ce ramassement du végétal sur lui-même permet d’éviter l’effet brutal et desséchant du vent, d’utiliser au mieux la chaleur du sol et de profiter en hiver de la protection de la couche neigeuse.

Plusieurs plantes réunissent leurs feuilles à leur base en rosettes denses. Ainsi les saxifrages, la drave, les primevères, les joubarbes et le vulgaire pissenlit, dont certains individus croissent à plus de 3 000 mètres. Cette forme de protection n’est d’ailleurs pas typique des plantes de montagne. Pas plus que les touffes compactes : le nard raide, la fétuque bigarrée, la laîche courbée, le buplèvre étoilé, les œillets et les génépis portent de nombreuses pousses en groupes serrés, mais il en est de même de certaines graminées de plaine qui forment des mottes de gazon épais.

Bien qu’appartenant à un genre différent, l’azalée des Alpes est une cousine des azalées que l’on cultive dans nos jardins ou nos intérieurs. Toutes appartiennent à la famille des Éricacées, comme les bruyères, la myrtille et les rhododendrons. – © François Couplan

L’espalier nain, lui, est caractéristique des hautes montagnes. Certaines plantes ligneuses développent des tiges rampantes qui s’étalent sur les rochers sans se redresser. La dryade, la loiseleurie ou azalée des Alpes, la saxifrage à feuilles opposées qui peut atteindre les plus hautes altitudes, en sont de bons exemples. Mais le type en est les saules nains : saule réticulé, saule herbacé, saule à feuilles rétuses et saule à feuilles de serpolet à qui l’on accorde souvent le titre de « plus petits arbres du monde1 ».

La forme alpine la plus typique est sans conteste le coussinet. Ces masses hémisphériques que l’on prendrait facilement pour des touffes compactes de mousse se rencontrent sur les rochers des hautes montagnes où les conditions sont particulièrement rudes et les sols presque absents. La plante se divise dès la base en une multitude de courtes tiges terminées par de petites feuilles, étroitement serrées les unes contre les autres. Le coussinet retient l’eau et l’humus. Il crée une couche d’air immobile qui diminue l’évaporation et permet de conserver une température relativement élevée. En se décomposant, les feuilles et les tiges mortes contribuent elles-mêmes à augmenter la quantité de terreau disponible et favorisent la croissance du végétal. D’autres plantes parviennent parfois à prendre pied dans le coussinet et à s’y développer.

Lorsque, pendant la brève saison estivale, ces boules de verdure se couvrent de fleurs roses, blanches, jaunes ou bleues suivant l’espèce, étonnante est la transformation qui se produit. Quel émerveillement que ce spectacle des roches artistiquement éclaboussées de couleurs vives ! Les meilleurs exemples de coussinets sont le silène acaule et son proche cousin le Silene exscapa, la minuartie faux-sédum, l’androsace helvétique, le rare roi des Alpes, parent du myosotis, la saxifrage à feuilles opposées et la laîche ferme. Malgré l’aspect extérieur très semblable de ces ingénieux végétaux, leurs fleurs révèlent leur appartenance à des familles aussi diverses que les Caryophyllacées (famille de l’œillet), les Primulacées (famille de la primevère), les Boraginacées (famille de la bourrache), les Saxifragacées (famille des saxifrages) ou les Cypéracées (famille du souchet).

On rencontre également des plantes en coussinet dans l’Arctique (telle l’Ombellifère Azorella) et au Sahara (la Chénopodiacée Fredolia aretioides). Mais c’est dans les hautes montagnes méditerranéennes et irano-touraniennes, à partir de 2 000 m, que se dénombre le plus grand nombre d’espèces en coussinets. Dans ce cas, c’est avant tout la sècheresse qui contraint les plantes à s’adapter.

En réponse à des pressions identiques d’environnements extrêmes, des membres de familles très différentes peuvent donc prendre, en dépit de leurs origines éloignées, un aspect similaire. Ce phénomène dû à l’influence très forte du milieu se nomme « convergence ». Les coussinets en sont un exemple remarquable.

Ce n’est qu’une expression car en botanique, un arbre est en fait une plante ligneuse à tronc unique dépassant 5 m de hauteur. Il se différencie de l’arbuste, lui aussi à tronc unique, de taille inférieure à 5 m. L’arbrisseau possède plusieurs troncs et le sous-arbrisseau, quant à lui, ne dépasse pas 40 cm.

Visuel haut de page : Silène acaule (Silene acaulis). Lorsqu’on voit les coussins denses du silène acaule, on pense souvent qu’il s’agit d’une mousse. C’est en fait un cousin de l’oeillet dont les rameaux raccourcis sont cachés sous la touffe dense des minuscules feuilles. Les petites fleurs roses à cinq pétales semblent posées sur un présentoir vert, parfois caché par leur grand nombre. Cette extraordinaire adaptation aux rudes conditions de la montagne est une réussite tant sur le plan de l’efficacité que sur celui de l’esthétique. – © Françoise Marmy

Source: Étonnantes plantes de montagne de François Couplan, paru aux éditions Quæ

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