Quels sont les alliés naturels du jardinier ?

Insectes, oiseaux et autres petits animaux du jardin sont nécessaires à l’équilibre de la nature. Le jardinier se voit cohabiter avec ces différentes espèces.

La lecture de bien des ouvrages de jardinage parus jusqu’à la fin du siècle dernier laisse penser que le jardinier est entouré d’ennemis vicieux et pervers, attaquant en se cachant au revers des feuilles, piquant, suçant, découpant comme les otiorynques, la nuit venue, ou enveloppant les feuilles et bourgeons d’une multitude de filaments où des bourgeonnements colorés  vont déverser une pluie de spores sur les parties encore saines de la plante. L’industrie chimique, par la création d’un grand nombre de produits phytosanitaires, va s’occuper de ces hordes d’insectes et de champignons malfaisants, au point d’en oublier qu’il existe également des auxiliaires des cultures. Or la présence de ces auxiliaires est absolument indispensable à l’accomplissement d’un certain nombre de cycles biologiques de la plante ou du sol. Car, si le jardin est avant tout un lieu dédié au végétal, ce dernier ne peut vivre sans de nombreux auxiliaires qui se trouvent « naturellement» dans le sol et dans l’air.

La décomposition lente de la matière organique, la mise à disposition de nutriments pour les plantes, tout cela se fait sans l’intervention directe du jardinier. Des millions de micro-organismes le font et travaillent pour le jardinier. L’exemple de la vanille, originaire d’Amérique tropicale, qui doit être fécondée à la main parce que son insecte pollinisateur
n’a pas suivi le voyage de la plante à travers le monde, est là pour nous rappeler le rôle des insectes butineurs qui permettent la fécondation de nombreuses fleurs et donc l’obtention des fruits et des graines. Certains insectes sont emblématiques, comme les abeilles qui permettent la pollinisation de nombreuses fleurs. Une observation attentive montre qu’à chaque groupe de fleurs est inféodée une espèce d’abeille ou de bourdon différente.

Il ne faut pas non plus oublier les oiseaux, et surtout les passereaux, qui se nourrissent des insectes, des larves et qui, ainsi, participent à la protection les plantes en culture. Sur un autre plan, si l’on souhaite pouvoir admirer des papillons et la subtilité des couleurs de leurs ailes, il faut accepter que des chenilles viennent, quelques mois plus tôt, brouter quelques feuilles ou fleurs. La diversité des espèces ne peut être sauvegardée que si l’on connaît les phases de développement de ces dernières. Plus le jardin a des cultures diversifiée et un caractère extensif, plus les végétaux sont différents voire complémentaires, moins les attaques de prédateurs ont des conséquences néfastes. Le jardinier possède donc de nombreux auxiliaires pour l’aider dans son travail, à condition de respecter leurs cycles de vie et leurs « méthodes de travail ».

Le lien vital fleur-insecte

Pourquoi des bourdons sur certains cultivars de roses, des abeilles sur d’autres, des papillons sur les buddleias ? C’est le résultat de la longue histoire de l’évolution durant laquelle les plantes et les insectes se sont adaptés afin de poursuivre leur coopération malgré les modifications de position des nectaires, de morphologie des pièces florales ou buccales. Dans de très nombreux cas, l’insecte ne butine que quelques espèces à cause de la dimension, courte ou longue, de la trompe pour les papillons et de la langue pour les abeilles.

Les insectes sont indispensables à la pollinisation de très nombreuses espèces de plantes à fleur. Deux éléments les attirent : la couleur et l’odeur. Certaines fleurs auraient des couleurs vives pour inciter au butinage les coléoptères, papillons, mouches et surtout abeilles, même si la majorité des insectes ne distinguerait qu’une ou deux couleurs et serait donc moins sensible que nous aux nuances. Le parfum de la plante compterait davantage pour eux. En pénétrant dans l’intimité de la fleur, les insectes se chargent de pollen sur les soies de leur corps ou bien, pour les abeilles, dans des coupelles situées
sur les pattes. La disparition de certaines flores spontanées entraîne l’extinction de certaines espèces d’insectes, et réciproquement.

Des auxiliaires du jardin méconnus

Personne ne nie plus la nécessité des insectes pollinisateurs, mais beaucoup d’autres animaux ont aussi un rôle dans la régulation des populations d’oeufs, de chenilles, ou même des formes adultes des insectes. Certains sont tout petits, quelques millimètres, comme l’aphidius, qui pond ses oeufs dans le corps du puceron que la larve consomme. D’autres, tout aussi carnassiers, comme les carabes, dévorent les chenilles du carpocapse des pommes ou des poires. Les perce-oreilles, dans leur pérégrinations nocturnes, s’attaquent aux pucerons, aux oeufs de papillons, aux petites chenilles et, seulement lorsque cette nourriture manque, ils dévorent les jeunes feuilles. Les araignées se nourrissent de pucerons, de moucherons, de punaises, etc.

Parmi les animaux de plus grande taille, la musaraigne est exclusivement carnivore et se nourrit d’insectes, de vers blancs… et aussi de mulots ! Le lézard attrape mouches, sauterelles et insectes, tandis que, de nuit, les chauves-souris mangent de nombreux insectes et surtout des papillons nuisibles aux cultures, comme les pyrales et les phalènes. Bien que craintif, le hérisson, animal protégé, est souvent présent dans les jardins. Omnivore, il consomme aussi bien des invertébrés – limaces, petits escargots, lombrics, chenilles, araignées – que des fruits et champignons.

Source : Le jardin suit-il des modes ? de Yves-Marie Allain, paru aux éditions Quæ

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