Idée fausse : on avale des araignées en dormant

La nuit, les araignées s’introduisent dans notre bouche. On en avalerait ainsi plus d’une dizaine tout au long de notre vie… FAUX !

Comme beaucoup d’autres affirmations, celle-ci est souvent rapportée par oral ou par écrit ; elle aurait d’ailleurs une source datant d’une trentaine d’années, en particulier parmi les internautes, mais en réalité, elle semble bien être partie d’une donnée médiatique non vérifiée… mais bien diffusée ! Ce serait une légende inventée de toutes pièces et propulsée par une journaliste dont on ne retrouve aucune trace, basée sur des références scientifiques inexistantes. Cherchons à expliquer pourquoi cette idée n’a pas de fondement biologique !

Il est vrai qu’un petit nombre d’espèces d’araignées fréquentent les habitations, et que la plupart d’entre elles ont plutôt une phase d’activité de chasse ou de reproduction principalement nocturne. C’est pourquoi, lors de leurs déambulations, pendant notre sommeil, un passage sur notre couette, notre drap ou notre corps est tout à fait possible, comme sur n’importe quel autre support rencontré dans le lieu exploré, que ce soit un mur, le sol, un lavabo, des rideaux… Alors imaginons — attention, sans crainte — qu’une araignée se déplace sur notre visage, trouverait-elle dans notre bouche la nourriture qui lui convient ou un éventuel partenaire ?

Ceci est vraiment fort peu probable, d’autant plus que la façon la plus naturelle de dormir, c’est la bouche fermée ! Ce que font la grande majorité des gens.

De plus, pensez-vous qu’une araignée, dont la vision nocturne lui permet de reconnaître une proie ou une partenaire, et qui perçoit de manière très fine les vibrations, les déplacements d’air et les odeurs, soit attirée par des vrombissements sonores qui ne ressemblent en rien aux mouvements d’une proie éventuelle ?

Salticus scenicus, saltique arlequin, chassant parfois de jour sur les murs. – © Pierre Oger

Certains, pas entièrement convaincus, objecteront que l’araignée cherche plutôt à boire dans notre bouche humide, action certes essentielle à sa survie, ou encore que le contact survient en fin de nuit, quand l’araignée erre ou descend le long d’un fil à la recherche d’un petit coin pour se réfugier le lendemain. Dans la première supposition, il est vrai que nous continuons à produire de la salive et, en principe, à déglutir même en dormant. Et si on dort sur le côté la bouche ouverte, l’excédent de salive s’évacue. Malgré cela, la réponse à ces deux comportements imaginés est qu’aucune des espèces inféodées aux habitations ne choisit ce type d’endroit, ni pour se reposer ni pour s’hydrater, car notre cavité buccale ne correspond absolument pas à leur mode de vie.

Finalement, quelle que soit la situation, si une araignée se déplaçait réellement sur notre visage ou, cas encore moins probable, descendait directement du plafond dans notre bouche béante, nos sens la percevraient et provoqueraient sans aucun doute notre réveil.

Pourtant, comment peut-on de façon plus plausible « avaler » une araignée dans notre vie ? Tout simplement en marchant ou en courant la bouche entrouverte. Qui n’a pas eu la sensation dans sa vie de capter ainsi un organisme qui se déplaçait dans le plancton aérien, petit moucheron ou tout autre insecte volant, et aussi bien petite araignée au bout de son fil pratiquant du ballooning ?

Visuel haut de page : Dispersion de jeunes pholques, Pholcus phalangioides, vers quelle destination ? – © Maxime Esnault

Source : 50 idées fausses sur les araignées de Christine Rollard, préface de Mathieu Vidard, paru aux éditions Quæ

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *