Pourrait-on tirer de l’énergie des algues vertes ?

Les marées vertes constituent un problème environnementale majeur pour les côtes sur lesquelles elles se prolifèrent. Toutefois, peut-on transformer ce fléau en ressource énergétique ?

La matière carbonée des algues vertes peut servir de combustible, leurs sucres pourraient fournir de l’alcool et du méthane par fermentation. Mais le premier handicap des ulves fraîches est leur forte teneur en eau, entre 80 et 90 %, ainsi que l’éventuelle présence de particules sédimentaires siliceuses ou calcaires, surtout si elles ont été collectées une fois échouées sur les plages. La richesse de la matière sèche des ulves en cendres, et particulièrement en alcalins (sodium et potassium) crée un risque élevé de fusion des cendres dans les réacteurs de combustion ou de gazéification, encore aggravé si les ulves sont mêlées à des grains de sable siliceux. Plusieurs pays ont pourtant tenté depuis trente ans de valoriser les algues vertes par une production énergétique.

Évaluée dès 1979 aux États-Unis, la possibilité de production de biogaz méthane par fermentation anaérobie d’algues vertes a été approfondie en Bretagne par le Centre d’étude et de valorisation des algues (Ceva) de Pleubian (Côtes-d’Armor). Les résultats, publiés en 1997 puis en 2006, montrent que la méthanisation directe des ulves est peu efficace. Il faudrait intercaler un prétraitement séparant par pressage les jus efficacement fermentescibles du résidu solide. Toutefois, du fait de la teneur plutôt faible des ulves en carbone, mais de leur teneur anormalement élevée en soufre (sous forme de sulfates dans les ulvanes), au cours de la fermentation anaérobie, la flore méthanogène est rapidement concurrencée par la flore sulfato-réductrice, productrice du dangereux hydrogène sulfureux gazeux. En Italie, un projet a aussi été proposé en 2010 par les autorités de la province de Ferrare, en collaboration avec de nombreuses entreprises, laboratoires et universités de l’Émilie-Romagne, pour extraire de l’énergie soit par combustion, soit par fermentation méthanogène, des algues Ulva rigida proliférant dans la lagune Sacca di Goro, au sud du delta du Pô.

La fermentation anaérobie des sucres de l’ulve ne s’avère pas d’un bon rendement en raison de la trop grande abondance du rhamnose. Pourtant, l’université d’Aarhus au Danemark a investi près d’un million et demi d’euros dans différents projets déployés sur la période 2007-2011.

Force est de constater, en 2017, qu’aucun projet dans le monde n’a dépassé le stade de prototype, et qu’aucune valorisation énergétique opérationnelle des algues vertes n’a vu le jour, à la fois pour des questions d’efficience technique, de coûts trop élevés et d’incertitude sur la régularité de l’approvisionnement en ulves, trop saisonnier et irrégulier d’année en année.

Source : Les marées vertes d’Alain Ménesguen, paru aux éditions Quæ

Les marées vertes, couverture

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