Les thérapies alternatives pour soulager la douleur

Après avoir été longtemps dénigrées en raison de leur côté quelque peu « exotique », les thérapies complémentaires ou encore alternatives connaissent un nouvel engouement auprès du grand public et sont l’objet d’un nombre croissant de publications scientifiques.

De plus en plus de Français se laissent séduire : 40 % y ont recours au su ou à l’insu des médecins, 78 % les jugent efficaces utilisées en prévention, avec le sentiment qu’elles n’ont pas ou peu d’effets secondaires, qu’elles permettent une amélioration de la qualité de vie et qu’elles offrent une approche globale et individualisée de la douleur. De surcroît, ces thérapies sont peu coûteuses pour la collectivité et, lorsque pratiquées dans les règles de l’art, sans danger.

Apprivoiser sa douleur
Ces thérapies, dont l’origine est ancienne, commencent à faire leur entrée à l’hôpital, en particulier dans les structures douleur. Elles ont leur place au côté de la médecine conventionnelle, qui connaît des limites dans la prise en charge d’une douleur chronique rebelle. Ces deux approches sont très complémentaires et il serait vain de les opposer. L’une a pour objectif premier de prendre en charge les défaillances d’un corps malade mais dispose d’un temps plus limité pour écouter le patient ; l’autre s’attache en priorité à prendre soin de ce dernier, en prenant le temps de l’écoute et du dialogue — la méthode choisie venant en complément. Seuls des échanges entre ces deux approches feront progresser la prise en charge de la douleur chronique comme de toute autre pathologie.

Le recours à ces pratiques a un effet positif sur la modulation de la douleur et facilite l’adoption par le patient de stratégies d’acceptation et d’appropriation au quotidien de cette douleur. Les approches les plus utilisées concernent l’hypnose, la méditation de pleine conscience, la relaxation, le yoga, l’acupuncture, le toucher-massage. La confiance et l’adhésion du patient jouent un rôle essentiel dans l’appréciation du bénéfice retiré de ces diverses pratiques.

La qualité de vie, un critère majeur d’efficacité
Les mécanismes de ces thérapies sont encore largement incompris, et un nombre croissant d’études de bonne qualité tendent à mettre en évidence leur impact sur la douleur, sa modulation et l’activation de certains circuits neuronaux.

Le ministère de la Santé a chargé depuis 2006 une équipe de l’Inserm, dirigée par Bruno Falissard, de mettre en oeuvre des expertises scientifiques sur ces médecines alternatives afin d’évaluer leur efficacité. La méthode consiste à recenser de manière exhaustive, par l’interrogation de bases de données internationales (comme Medline® ou Cochrane), les publications scientifiques puis à en extraire les essais cliniques de qualité — essais dits « randomisés en double aveugle », au cours desquels ni le patient douloureux, ni le praticien qui prend en charge le patient ne connaît la technique utilisée pour traiter la douleur. Les experts ont publié des rapports sur l’acupuncture, l’hypnose, la mésothérapie, la chiropraxie, l’ostéopathie et l’auriculothérapie.

En dépit de ces travaux dont nul ne conteste l’objectivité, il demeure que pour la majorité des pratiques citées, la preuve scientifique de leur efficacité n’est pas encore établie, en raison principalement des difficultés méthodologiques qu’elles posent. La méthode très rigoureuse utilisée maintenant en recherche clinique (médecine fondée sur les preuves, ou Evidence Based Medicine) ne peut être transposée directement à l’évaluation de ces thérapies qui s’adressent à l’individu dans sa globalité. En effet, la technique du double aveugle s’applique difficilement à toutes les thérapies manuelles comme l’acupuncture ou l’ostéopathie, pour lesquelles, à l’évidence, le praticien ne peut ignorer la thérapie qu’il met en oeuvre. Une autre limite majeure porte sur le fait que les essais randomisés évaluent principalement des éléments d’ordre quantitatif. L’intensité de la douleur, même si elle peut être quantifiée au moyen de l’échelle visuelle analogique, ne saurait être le seul critère pour juger de l’efficacité de ces thérapies dont les bénéfices sont également d’ordre qualitatif. En effet, des éléments comme la qualité de la relation soignant-patient, l’expérience du praticien, le bien-être ressenti par le patient sur le plan physique et émotionnel sont autant de critères qualitatifs essentiels à prendre en compte. Dès lors, l’apport des méthodes qualitatives issues des sciences humaines semble indispensable. Il faudrait alors envisager de combiner des approches quantitatives et qualitatives pour évaluer de manière objective le bénéfice de ces thérapies.

Notre système de validation scientifique est principalement centré sur une conception occidentale de la médecine, au travers d’une démarche rationnelle découlant de l’Evidence Based Medicine (voir plus haut). Ce système n’a pas cours dans les médecines fondées sur d’autres concepts que ceux de notre médecine occidentale. Le cas de la médecine chinoise, vieille de 5 000 ans, est emblématique à cet égard. Son art se fonde sur le rétablissement de l’harmonie au sein de flux d’énergie. Elle fait appel à trois techniques principales : la phytothérapie, les thérapies manuelles et l’acupuncture. Il ne fait pas de doute pour les Chinois que l’acupuncture est validée depuis longtemps, mais elle ne l’est pas pour autant, sur le plan scientifique, dans la médecine occidentale.

Source : La douleur n’est pas une fatalité ! d’Odile Robert, avec le Professeur Bernard Calvino, paru aux éditions Quæ

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