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Les fourmis, pionnières en agriculture ?

Les fourmis auraient « inventé » l’agriculture 10 millions d’années avant Homo sapiens.

Dès leur apparition au Crétacé, il y a environ 100 millions d’années, les abeilles et les fourmis semblent former des colonies structurées dotées d’une intelligence collective. Ce mode d’organisation s’appelle l’eusocialité et se définit, au sein de la même colonie, par l’existence de plusieurs castes dont une reproductrice, par la cohabitation de plusieurs générations et par le soin collectif apporté aux jeunes. […] Les termites ont déjà probablement réalisé cette évolution 80 millions d’années plus tôt, au Trias.

Depuis l’Éocène, il y a environ 50 millions d’années, certaines espèces de fourmis du continent sud-américain, issues vraisemblablement d’une seule et même espèce ancestrale, évoluent progressivement d’un mode de vie de chasseur-cueilleur comme le sont la plupart des autres espèces de fourmis, vers une forme d’agriculture. Les premières espèces, les plus primitives, cultivent d’abord sur des feuilles mortes en cours de pourrissement divers champignons basidiomycètes de la famille des lépiotes. Mais ce n’est qu’il y a 10 millions d’années que quelques espèces évoluées appartenant à deux genres, les Atta et les Acromyrmex, s’engagent dans la voie d’une agriculture particulièrement élaborée, fondée sur la récolte de végétaux frais, des feuilles ou des brins d’herbes découpés, façonnés en « meules » dans des chambres souterraines et sur lesquelles est cultivé un champignon unique, repiqué quasiment à l’infini, de génération en génération. L’intelligence collective est ici poussée à son comble : aucune ouvrière Atta ou Acromyrmex n’est plus « intelligente » qu’une ouvrière d’une autre espèce de fourmi, mais chaque colonie, qui peut compter jusqu’à plusieurs millions d’individus, accomplit collectivement des prouesses de complexité, allant même jusqu’à organiser une réelle gestion des déchets de l’activité agricole, indispensable à la bonne santé des cultures de champignons et à la survie de la fourmilière.

Comme l’explique Edward Wilson, grand spécialiste des fourmis et l’un des premiers promoteurs du concept de biodiversité dans les années 1980, si des extraterrestres avaient exploré la Terre il y a un million d’années, bien avant l’essor des êtres humains, ils auraient trouvé que les fourmis coupeuses de feuilles représentaient les sociétés les plus avancées que la planète pourrait jamais produire.

Les fourmis coupeuses de feuilles ont donc « inventé » l’agriculture 10 millions d’années avant Homo sapiens. Elles ont aussi inventé par la même occasion les premiers déchets agricoles, c’est-à-dire la première forme de déchets issus d’une activité qui ne soit pas métabolique, une activité que l’on peut déjà qualifier de technique.

Visuel haut de page : Le moindre déchet, résidu de nourriture ou excrément, est soigneusement stocké dans les chambres souterraines ou évacué à l’extérieur selon les espèces. La fourmilière est organisée pour éviter tout contact entre les déchets et les végétaux frais destinés aux jardins. Sans cette gestion attentive, les jardins seraient parasités par une moisissure invasive et la colonie condamnée à mourir de faim.

Source: Les déchets. Du big bang à nos jours de Christian Duquennoi, paru aux éditions Quæ

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